En s’approchant de la maison des remparts, entre la tour du château et la vieille église de Tourrette-Levens, il vit un vieil homme seul, assis sur un banc de pierre, les mains jointes autour du pommeau de sa canne.

Il paraissait  surgir d’une époque lointaine…

Il prit un air avenant, et  s’avança vers lui pour l’aborder, lorsque le vieillard leva brusquement son visage et dit avec force :

-«Inscris!»

Il fût tellement surpris qu’il s’arrêta net.

«Il est probablement un peu sénile»se dit Armand ,  mais l’acuité de son regard le troubla..

-«Inscris!»  dit-il encore ,mais cette fois-ci sa voix se fît nettement plus douce, presque triste. Il continuait à le fixer intensément , et Armand  restait debout, immobile, incapable de détourner son regard. Il risqua une réponse:

-«Que voulez-vous que j’inscrive ?»

A cet instant, le visage du vieil homme  s’éclaira d’un sourire si lumineux qu’Armand se dit en lui même qu’il mériterait d’être le onzième du Canton !

Il lui  fit signe d’approcher avec une main tremblante.

Armand était ému.

Il s’assit près de lui sur le banc de pierre.

« Tu vas entrer là? » dit-il , en désignant du bout de  sa canne la porte d’entrée du musée. Il parlait lentement , et sa voix était chaude , pleine d’histoires .

- « Oui »

- «Est-ce que  tu sais ce qu’il y a , derrière cette porte? »

Il répondit  d’une voix hésitante :

- « Je ne sais pas vraiment … »

- « Derrière cette porte, il y a tout ce que tu dois inscrire ! »

Sa voix avait à nouveau vibré avec force. Il lui fît signe de se lever. Armand s’exécuta solennellement , sans comprendre.

Comme il restait  debout sans bouger, le vieil homme dit doucement :

- «  Allez va, maintenant, entre dedans! »

Armand s’avança calmement en direction du musée avec une sensation étrange qui lui nouait la gorge. En arrivant près de la porte, il se retourna vivement, pris de panique :

- « Mais où est ce que je dois inscrire ? »

Le vieil homme le dévisagea avec bienveillance . Il  se sentait comme un enfant.

- « Dans ta mémoire . » dit-il.

Armand contempla une dernière fois son visage serein, et il  poussa la porte du musée, le cœur battant.

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